Ela

Depuis des jours, Ela rumine,
ça lui convient plus, 
sa façon d’être et de faire. 

Elle et Marielle,
Ça avait été toujours si facile. 
Ça ne l’est plus. 

Comme si c’était devenu un peu faux, 
comme si ça grinçait. 

Comme si elle ne pouvait être elle même. 

C’était pas comme ça. 
Avant. 

Ela et Marielle, c’était simple et évident. 

Elle repense à leurs vacances en Grèce. 
Au fou rire sur la plage. 

Elle n’avait jamais eu d’amitié comme ça. 

Ela se demande si c’est elle le problème, 
est ce qu’elle est trop ? 
est ce qu’elle exagère ? 

Elle prend sur elle,
elle ressasse, 
elle rabâche dans sa tête. 

Elle s’en veut, puis elle en veut à Marielle. 
Ça tourne en boucle. 

Ça l’use, ce gnagna qui tourne en elle. 
Ela n’aime pas être comme ça. 

Elle voudrait dire les choses, 
elle trouve pas les mots, 
elle sait pas. 

Ça lui arrive souvent. 
Elle garde en elle 
et puis ça gonfle ça gonfle 
ça l’étouffe même. 

Et un jour elle crache tout
avec les mauvais mots 
elle dit comme elle vomit
aigre et acide. 

ça abime
ça laisse des cicatrices

Ces mots-armes qui creusent des tranchées pour la protéger. 

Avec Marielle elle veut pas ça. 
Elle l’aime trop Marielle. 

Même qu’elles se sont promis qu’elles finiraient leurs vies 
ensemble
dans une coloc de vielles au bord de la mer. 

Et qu’elles auraient encore les ongles arc-en-ciel. 

Alors, Ela est allée voir la fille qui aide pour les mots. 
La praticienne narrative. 

Elle a parlé de Mariele, 
de la rancœur qui s’était installée. 

La meuf a posé plein de questions 
Elles étaient belles, ses questions. 

La meuf prenait des notes. 

À la fin du rendez-vous, 
Ela se sentait plus légère, 
plus alignée aussi. 

Quelques jours après la praticienne lui a envoyé une lettre. 
Une lettre écrite avec les mots d’Ela pour Marielle. 

Ela a pleurer en lisant la lettre. 
Ça lui faisait tellement de bien
De lire ses mots mis dans l’ordre. 
De lire ce qui la tiraillait depuis des semaines

Et aussi, 
tout ce qu’elle honorait de son amitié avec Marielle. 

Ela ne sait pas si elle va l’envoyer cette lettre. 
Elle en a peut-être pas besoin. 
Elle verra. 

Ce qui compte, c’est qu’elle sait. 
Elle ne doute plus.
Elle a retrouvé confiance. 

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Charli